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Questions fréquentes

Pourquoi insister sur l'Education de la jeunesse ?



Notre système éducatif traverse une crise de légitimité. Politiques, experts et intellectuels établissent parfois à son propos des diagnostics sensés, mais trop souvent contradictoires parce que ces analyses sont déterminées par la place de ces acteurs dans le système.

Cette inflation de discours sur l'école propose tout et son contraire et cela compromet une appréhension claire et pertinente des problèmes éducatifs.

Nous savons que la connaissance issue de l'enseignement reste un enjeu de pouvoir. La connaissance et son partage, au travers de l'éducation et des systèmes de formation, sont déterminants pour l'évolution démocratique des sociétés modernes. Une démocratie effective ne nécessite t’elle pas un niveau suffisant « d'instruction» des citoyens et une égalité des chances dans l'accès au savoir afin qu'ils disposent des moyens de débattre du projet politique commun, qu'ils puissent accéder à la parole pour construire le projet social, qu'ils puissent réaliser leur projet de vie ?

Comment manier les idées ou en élaborer de nouvelles, se délivrer du «prêt à penser» et exercer son libre-arbitre de citoyen, être éclairé dans ses choix sans une formation et une sensibilité intellectuelles minimales ?

L'éducation du futur devrait nous aider au discernement, enseigner la condition, l'identité, l'éthique humaines et la compréhension, mais aussi la capacité de faire face à des incertitudes croissantes. Elle nous amènera vers l'autonomie, pas la dépendance, la santé et non la maladie, l'esprit de coopération et non l'esprit guerrier.

C'est par le développement de la capacité critique (réflexion et analyse), par l'initiation aux idées et concepts, à la culture, que l'on parviendra à amorcer et à cultiver le savoir être, les relations interhumaines. On réussira ainsi à favoriser l'enseignement technique, stimuler le travail manuel et encourager filières courtes, voire appréhender différemment le sens du travail et de l'emploi, le rapport études/niveau de rémunération, l'engagement social... Il convient d'éviter désormais la confusion entre qualité et moyens de l'enseignement et durée des études.

Sans doute faudra-t-il changer de posture et croire enfin au potentiel et à la réceptivité des jeunes et les développer...

Il est essentiel d'éveiller, de sensibiliser, d'interroger plutôt que de seulement inculquer. Cela est pertinent dans les formations manuelles aussi bien qu'intellectuelles. Se rendre compte que chaque enfant est différent est vital.

Il est désormais opportun de distinguer certains faits et de les interroger.
En effet, la crise de l'éducation, jusqu'à maintenant fonction spécifique de l'école, conduit à la dissolution de l'institution au sein d'un vaste et vague réseau de socialisation et de formation des individus. Les rôles respectifs de chacun (parents, école, pouvoirs publics) tendent à se brouiller. Les parents peinent à transmettre à leurs enfants certaines valeurs se sentant exclus du processus de transformation du monde. Ce basculement famille/école est sans doute la première manifestation de l'abstraction de plus en plus grande que revêtent les rapports sociaux.

Alors que la situation socioéconomique évolue de père en fils durant les 30 « glorieuses » (les 30 trompeuses ?), un renversement s'opère peu à peu. Le chômage couplé au leitmotiv des 80% d'une classe d'âge au niveau bac incitent les familles à développer leur investissement scolaire. Malheureusement la prolongation de la scolarisation est loin d'engendrer tous les bienfaits attendus. En effet, le niveau monte mais non pour tous, ni partout également. En revanche, les écarts se creusent. Le niveau de rémunération semble inversement proportionnel au niveau de diplôme et de surcroît les sans diplômes sont confrontés au chômage. Les espoirs de promotion sociale dans un contexte d'insécurité économique et sociale sont donc compromis.

La logique de l'action collective engendre certains paradoxes et autres effets pervers: abandon scolaire massif, inflation et dévalorisation des diplômes, production de chômeurs qualifiés, autonomie professionnelle tardive, dissociation relative entre l'offre et la demande de compétence, clientélisme et pédagogisme.

Beaucoup d'enseignants perpétuent le langage de la qualification et du diplôme, aussi bien pour eux-mêmes que pour les élèves. Certains d'entre eux continuent de raisonner dans le cadre d'une société sans bouleversements qui serait toujours fondée sur le travail, le métier, la qualification, sur le fait que le marché du travail se répartirait entre travaux manuels et tâches intellectuelles avec l'idée sous-jacente qu'il n'y a pas de sot métier et que l'école distribue efficacement les niveaux de qualification. Pourtant toutes les réformes ont encouragé le parcours inverse, vers une indistinction des types de travail, dans le sens d'une dévalorisation du travail manuel, de son inéluctable perte d'importance du point de vue numérique. Aucune augmentation des qualifications correspondant à des emplois réellement plus qualifiés n'a cependant été développée.

Il est peut-être temps de prendre conscience du fait que les qualifications requises sur le marché du travail sont de moins en moins objectives et professionnelles, pour des fonctions et des individus de plus en plus interchangeables, que la centralité du travail et le travail lui-même en tant que valeur sont en crise.

Des questions demeurent : «l'école» telle qu'elle est pensée, conçue et mise en oeuvre, est-elle seule capable de se charger de l'éducation ? Toute éducation est-elle le résultat d'un enseignement tel que nous l'entendons encore ?

Tant au niveau du contenu disciplinaire que des méthodes pédagogiques, il est impératif de tendre à restituer le goût de la réflexion et ainsi de confier aux jeunes une part de la responsabilité de leur propre développement et de leur action sur la société toute entière.
 




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