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Article n°276


Limitation de vitesse à 90 sur l’A8 : à quand un plan de mobilité à l’échelle du département ?


Le Préfet des Alpes Maritimes après s’être essayé à jouer les gros bras au col de Vence souhaite maintenant frapper les esprits en s’attaquant à la pollution atmosphérique. Sa mesure principale : la limitation de vitesse abaissée à 90 km/h sur l’autoroute A8. 
A priori, le raisonnement est limpide : le trafic automobile est la principale cause de formation des pics de pollution dont notre département est coutumier et plus la vitesse est élevée plus les rejets par véhicule sont importants. Limitons donc la vitesse et nous aurons moins de pollution.
Trois paramètres majeurs viennent briser toutefois cette construction :
 
1) Parmi les causes provoquant les pics de pollution figure le brûlage des végétaux qui bien que prohibé par les directives européennes et des arrêtés préfectoraux continue à être allégrement pratiqué. Lors des réunions mises en place par le Préfet pour déterminer l’attitude à adopter face aux pics de pollution le problème n’a pas été abordé.  Il importerait pourtant de comprendre pourquoi cette pratique persiste et de la faire réellement cesser.
2) De manière générale, la diminution de la vitesse maximale sur autoroute est jugée très sévèrement par les spécialistes (cf. à titre d’exemple le rapport du Ministère de l’Ecologie de mars 2018 : https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/Th%C3%A9ma%20-%20R%C3%A9duction%20des%20vitesses%20sur%20les%20routes.pdf ) qui expliquent que le ralentissement du trafic induit par cette mesure n’est absolument pas équilibrée par des baisses d’émissions  significatives et une diminution mesurable des accidents. Dans le cas des Alpes Maritimes c’est encore pire : en effet l’A8 est un périphérique circulant dans une agglomération. Diminuer la vitesse en agglomération a un effet immédiat : l’augmentation de la congestion en milieu urbain.  En effet, la congestion est le résultat du rapport entre le nombre de véhicules circulant à un moment donné sur une voie et  la capacité de la voie en question. Si le temps pendant lequel le nombre de véhicules excédant cette capacité augmente on aggrave les phénomènes de congestion. Or, à la différence de Paris où on a réduit la vitesse sur le périphérique et en même temps restreint l’accès des véhicules en centre-ville ici, les collectivités n’ont pris aucune mesure de restriction de la circulation sur leurs territoires. Autrement dit, on fluidifiera peut-être à la marge le trafic sur l’A8 (encore que l’expérience du périphérique parisien n’amène guère de réponse claire et définitive sur ce sujet) mais on aggravera la congestion aux échangeurs de sortie et d’entrée.  Et bien sur cette congestion supplémentaire se paiera en émissions polluantes.
3) Enfin, les émissions polluantes du trafic routier ne se limitent pas à la seule consommation de carburant. Si on prend par exemple les particules fines un des organismes de référence en matière de pollution de l’air en France (le CITEPA)  en 2015 en France on estimait que  41% des particules fines en suspension émises par le trafic routier venaient de l'abrasion des pneus, du revêtement routier et des garnitures de freins. Même les voitures électriques qui  disposent de pneus et d'un système de freinage continueront donc de polluer…
 
Ce n’est donc pas une énième mesure de limitation de vitesse qui nous évitera le scénario catastrophe du « grand embouteillage ». Ce qui est nécessaire c’est maintenant  d’une part de favoriser l’achat de véhicules peu polluants (et donc de ne pas attendre le «  grand soir électrique » pour cela)  et surtout d’autre part de limiter le nombre de véhicules en circulation et les infrastructures au service de leur utilisation. Avec son plan de mobilité durable la ville de Vence montre l’exemple et puisque on parle de l’autoroute plutôt comme le souhaite le Préfet imposer à Vinci un système certes intéressant sur le plan technique ( la signalétique dynamique anti-bouchon) mais très coûteux et ayant un impact difficilement quantifiable pourquoi ne pas offrir de substantielles réductions sur les abonnements autoroutiers aux automobilistes détenteurs d’un disque vert et créer une voie réservée aux véhicules partagés?
 
Ce serait la première étape vers la construction d’un plan anti pics de pollution dans lequel les collectivités et les usagers auraient un rôle de premier plan. En attendant respirez, toussez et circulez il n’y a rien à voir !
 
Patrice Miran Membre du Bureau Politique




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