
[DNA] Les harkis et les Français d'Algérie font chanter leurs 3 millions de voix
Les associations de harkis et les pieds-noirs mettent la pression sur les candidats à l’élection présidentielle française pour obtenir la reconnaissance de la responsabilité de l'État français dans les crimes et les préjudices moraux et matériels subis par les harkis et les rapatriés. La communauté des anciens supplétifs de l’armée française et des Français d’Algérie représente aujourd'hui quelque 3 millions de voix.
D’abord les pressions sur le président Nicolas Sarkozy.
Dans un entretien accordé au site de l’hebdomadaire Le Point (24/01), Bernard Coll, président de Jeune Pied-Noir, dénonce les promesses non tenues de Sarkozy faites aux harkis et aux pieds-noirs et le met en garde.
Le 13 mars 2007, alors candidat à la présidence, Nicolas Sarkozy s’est engagé auprès des harkis, les supplétifs de l’armée française durant la guerre d’Algérie (1954-1962), de reconnaître la responsabilité de la France dans l'abandon et le massacre des harkis quelques mois avant et après l’indépendance de l’Algérie en juillet 62.
Les engagements de Sarkozy
Un mois plus tard, le futur président avait pris le même engagement à l’égard des pieds-noirs, les Français d’Algérie qui avaient quitté le pays au lendemain du cessez-le-feu de mars 1962.
Or, explique Bernard Coll, Nicolas Sarkozy n’a pas honoré ses engagements.
Il raconte au Point les promesses du président français : « Mais le même jour (14 avril 2007, NDLR), dans cette réunion où il nous était interdit d'enregistrer ou de prendre des photos, il nous a expliqué qu'il devait avant, pour des raisons économiques, « renouer » avec l'Algérie, la soumettre à un échange pétrole-nucléaire, qui lui permettrait d'avoir un moyen de pression sur ce pays. Vingt personnes étaient présentes ce jour-là, elles pourraient témoigner. Le 5 décembre 2007, nous sommes à nouveau convoqués, cette fois à l'Élysée. Les télés, les radios sont là. On nous a prévenus que le président va reconnaître enfin le crime de l'État français, mais au dernier moment, alors que Nicolas Sarkozy revient d'Algérie, cette phrase a disparu. Sans doute, nous a-t-on expliqué, parce que si l'on reconnaît ce crime, il va falloir indemniser les familles, ce qui coûterait environ 40 milliards d'euros. »
Le 25 septembre 2007, vingt jours après sa visite d’Etat en Algérie, Nicolas Sarkozy a déposé une gerbe de fleurs en hommage aux harkis aux Invalides, à Paris, à l'occasion de la journée nationale d'hommage aux anciens combattants de la guerre d'Algérie.
M.Sarkozy a également honoré ce jour-là dix harkis qui ont combattu aux côtés de l’armée française au cours de la guerre d’indépendance.
Message en guise d'avertissement
Pour Bernard Coll, le temps est venu aujourd’hui, à trois mois de la tenue de la présidentielle, de mettre le président français devant deux choix : reconnaitre les droits des harkis et des pieds-noirs ou voir leurs voix tomber dans l’escarcelle des autres candidats.
« Nous avons fait passer un message à Patrick Buisson (conseiller de Sarkozy, ancien journaliste à Minute, le journal du FN, NDLR) qui évoque parfois ce sujet avec le président Sarkozy : s'il n'y a pas de projet de loi allant en ce sens, nous serons contraints de le traiter de « menteur ». Nous avons assez attendu, affirme-t-il encore au Point. C'est au chef de l'État de prendre l'initiative. Nous n'avons que ce moyen de pression : nos votes. »
3 millions de voix
Selon une étude de l’institut IFOP, les harkis, leurs descendants ainsi que les rapatriés représentent un réservoir plus 3 millions voix. Un pactole non-négligeable.
Alors que la campagne électorale n’a pas encore officiellement démarré, cette communauté a entrepris des démarches pour faire aboutir leur cause : la reconnaissance de la responsabilité de l'État français dans les crimes et les préjudices moraux et matériels subis par les harkis et les rapatriés.
Plusieurs associations ont ainsi demandé aux candidats à la présidentielle 2012 de s'engager par écrit pour cette reconnaissance d'un « crime d'État ».
Marine Le Pen a déjà signé
Lors d'un petit déjeuner organisé mardi 24 janvier au Sénat, rapporte encore Le Point, deux candidats ont signé ou ont promis de signer cette convention intitulée Candidat-Rapatriés : Marine Le Pen, candidate du Front national (FN) et Jean-Marc Governatori, le candidat de l'Alliance écologiste indépendante.
François Hollande, le candidat du parti socialiste, a lui envoyé un message écrit dans lequel il s’engage à ce que la France « s'honorerait en reconnaissant ses responsabilités dans l'abandon volontaire de nos concitoyens rapatriés et en particulier des harkis ».
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